L’essor des réseaux sociaux et des technologies numériques a profondément transformé l’accès à l’information en Afrique de l’Ouest en général et au Mali en particulier. Des millions de citoyens accèdent facilement aux infos, partagent leurs opinions et participent au débat public à partir de leurs téléphones portables. Une révolution technologique qui s’accompagne de la prolifération de la désinformation, de la mésinformation et de la malinformation.
Ces trois phénomènes, souvent confondus, représentent aujourd’hui une menace réelle pour la cohésion sociale, la paix et la confiance du public envers les institutions et les médias.
La désinformation consiste à diffuser volontairement de fausses informations dans le but de manipuler ou de tromper l’opinion publique.
La mésinformation, quant à elle, désigne le partage d’informations erronées sans intention de nuire, souvent par ignorance ou par manque de vérification.
La malinformation repose sur la diffusion d’informations authentiques, mais sorties de leur contexte ou utilisées dans l’intention de porter préjudice à une personne, une communauté ou une institution.
Les réseaux sociaux, devenus la principale source d’information pour une grande partie de la population, permettent à des contenus non vérifiés de circuler à une vitesse inédite. Une simple publication, une vidéo sortie de son contexte ou un montage trompeur peut influencer l’opinion publique en quelques heures. Aujourd’hui, force est de reconnaître que toute une industrie s’est installée sur la toile numérique pour matraquer les esprits avec des contenus fabriqués, des montages manipulés ou encore des vidéos ou déclarations sorties de leur contexte.
Il est avéré que la diffusion d’informations fausses, tronquées ou manipulées alimentent les tensions, renforcent les discours de haine, créent la confusion et fragilisent davantage le tissu social. Les crises sécuritaires, politiques et sociales que traverse le Mali, offrent des miroirs pour mieux analyser les effets néfastes de ce phénomène.
Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, « la désinformation représente une menace déstabilisatrice à l’accès aux sources d’informations fiables sur lesquelles les démocraties dépendent ». « Les pays africains en proie à un conflit sont soumis à des niveaux de désinformation beaucoup plus élevés, avec une moyenne de cinq campagnes, ce qui met en relief le lien entre l’instabilité et la désinformation », souligne ce centre dans son étude intitulée : « Cartographie de la vague de désinformation en Afrique ».
La lutte contre la désinformation, la mésinformation et la malinformation ne relève donc pas uniquement des médias ou des autorités publiques. Elle est une responsabilité collective qui implique les journalistes, les communicateurs, les organisations de la société civile, les institutions publiques et chaque citoyen.
L’initiative de l’UNESCO d’accompagner les journalistes et les communicateurs à travers des sessions de formation et de renforcement des capacités afin de relever les défis est à saluer. il s’agit essentiellement d’améliorer les compétences des professionnels des médias en matière de vérification des faits, de lutte contre la désinformation et de production d’une information de qualité. Faut-il le rappeler, les journalistes et les professionnels de la communication occupent une place stratégique. Leur mission ne se limite plus à informer ; ils doivent également contribuer à l’éducation aux médias, promouvoir la vérification des faits et renforcer l’esprit critique des citoyens. Produire une information fiable, contextualisée et vérifiée constitue aujourd’hui un véritable acte de responsabilité sociale.
Les jeunes représentent également un public prioritaire. Très présents sur les plateformes numériques, ils sont à la fois les principaux consommateurs et diffuseurs de contenus. Les sensibiliser aux bonnes pratiques numériques, à la vérification des sources et aux risques liés au partage de fausses informations est devenu une nécessité pour préserver la qualité du débat public et renforcer la résilience de la société face à la manipulation de l’information.
Au Mali, où les défis sécuritaires et sociaux exigent une information fiable et crédible. Dans un tel contexte, promouvoir une culture de vérification des faits est plus qu’une nécessité : c’est une condition essentielle pour préserver la paix, renforcer la confiance entre les citoyens et consolider la démocratie.
Korotoumou Doumbia