Dans un Mali où l’économie est en constante mutation, les femmes rurales apparaissent comme des actrices incontournables de la sécurité alimentaire et du développement économique. Chaque jour, elles cultivent la terre, transforment les produits agricoles et les commercialisent sur les marchés locaux. Par leur travail, elles contribuent directement à nourrir des millions de familles et à faire vivre des communautés entières. Pourtant, malgré cette contribution essentielle, elles restent confrontées à de nombreux obstacles qui limitent leur capacité à tirer pleinement profit de la richesse qu’elles contribuent à créer.
Le Mali fait face à une crise sécuritaire persistante, à des déplacements importants de populations et à des difficultés économiques qui fragilisent particulièrement les zones rurales. Dans ce contexte, les femmes démontrent une remarquable résilience. Elles ne se contentent pas de produire des aliments : elles développent également de petites activités économiques, créent des sources de revenus et assument une part importante des charges de leurs familles.
Un paradoxe demeure cependant : celles qui participent activement à la création de richesse ne sont pas toujours celles qui en bénéficient le plus.
L’accès à la terre, un défi majeur
L’accès sécurisé à la terre demeure l’un des principaux obstacles auxquels sont confrontées les femmes rurales. Dans de nombreuses communautés, elles exploitent des parcelles qu’elles ne possèdent pas ou qu’elles ne contrôlent pas durablement. Cette précarité foncière réduit leurs possibilités d’investir, d’accéder au crédit et de développer des exploitations plus productives.
À cela s’ajoute le manque de moyens financiers et techniques. Faute d’accès suffisant au financement, aux équipements et aux technologies agricoles, beaucoup de productrices sont contraintes de vendre leurs récoltes à l’état brut et à des prix souvent peu rémunérateurs.
De la production à la transformation : reprendre sa place dans la chaîne de valeur
Après la récolte, les difficultés se poursuivent. Le manque d’infrastructures adaptées pour le stockage, la transformation et le transport constitue un frein important au développement des activités féminines.
Ainsi, une femme peut produire du mil, du maïs, du karité, du fonio ou d’autres produits agricoles, sans pouvoir en tirer toute la valeur économique. La transformation et la commercialisation étant souvent assurées par d’autres acteurs, une part importante des bénéfices échappe aux productrices.
L’enjeu n’est donc plus seulement de permettre aux femmes de produire davantage, mais de leur donner les moyens de transformer, valoriser et commercialiser elles-mêmes leurs productions afin de mieux maîtriser les différentes étapes de la chaîne de valeur.
La crise sécuritaire accentue les difficultés
La situation sécuritaire vient davantage fragiliser cette réalité. Les déplacements de populations, les restrictions de mobilité et l’insécurité perturbent les activités agricoles et commerciales. Dans plusieurs zones, les femmes doivent également assumer des responsabilités familiales accrues, parfois dans des conditions particulièrement difficiles.
Cette situation montre à quel point leur rôle est stratégique pour la résilience des communautés et la stabilité économique du pays.
Investir dans les femmes rurales, c’est investir dans l’économie malienne
L’inclusion économique des femmes rurales ne relève pas uniquement de la justice sociale. Elle constitue également une nécessité économique et un investissement dans l’avenir du Mali.
Les politiques publiques et les programmes de développement doivent renforcer leur accès sécurisé à la terre, au financement, aux équipements, aux technologies numériques, à la formation et aux marchés nationaux et régionaux. Il est également essentiel de favoriser leur participation aux processus de décision concernant l’agriculture et la gestion des ressources naturelles.
Pour permettre aux femmes de développer durablement leurs activités, la formation occupe également une place centrale. Des compétences en gestion, en transformation agroalimentaire, en conservation, en marketing et en commercialisation peuvent leur permettre d’améliorer considérablement leurs revenus.
C’est dans cette perspective que l’UNESCO accompagne plusieurs femmes dans la transformation et la valorisation des produits agricoles, afin de leur permettre de mieux vivre de leurs activités et de renforcer leur autonomie économique.
Donner aux femmes les moyens de créer davantage de valeur
La question fondamentale n’est finalement plus de savoir si les femmes rurales contribuent à l’économie malienne : leur contribution est déjà une réalité. Il s’agit désormais de savoir comment leur permettre de contrôler davantage les ressources qu’elles exploitent et de mieux bénéficier de la valeur qu’elles créent.
Garantir leurs droits fonciers, faciliter leur accès au financement, renforcer leurs compétences, développer les infrastructures rurales et favoriser leur accès aux marchés sont autant de leviers indispensables.
Donner aux femmes rurales les moyens de monter dans la chaîne de valeur, c’est améliorer leurs revenus, renforcer la résilience des familles et des communautés et consolider les bases d’une économie rurale plus inclusive.
Au Mali, soutenir les femmes rurales, ce n’est donc pas seulement soutenir des productrices. C’est investir dans des entrepreneures, des créatrices de richesse et des actrices essentielles de l’avenir économique du pays.