mars 2, 2024
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Mise en œuvre du Plan National de Réponses: Le CSA dans le rôle du médecin après la mort !

Le CSA ne porte pas toujours assistance à temps aux personnes vulnérables durant les périodes de crises alimentaires. A titre illustratif, en 2021, les distributions alimentaires gratuites sont parvenues aux populations des Communes du Cercle de Sikasso au mois d’octobre, après la période de soudure qui commence en juillet et qui finit en septembre. Cette non-assistance des personnes vulnérables pendant les périodes de crise alimentaire est due à la lenteur du processus d’acquisition des céréales qui ne permet pas au CSA de mettre les céréales à la distribution des personnes vulnérables avant le début de la période de soudure. C’est le constat qui ressort d’un rapport du vérificateur général sur les distributions alimentaires gratuites des années 2019, 2020, 2021 et 2022.

Créé suivant Décret n°2017-0309/P-RM du 05 avril 2017, le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) assure la mise en œuvre du Dispositif National de Sécurité Alimentaire (DNSA). Ainsi, pour le financement de ce dispositif, l’Etat a accordé au CSA au titre des exercices 2019, 2020 et 2021 une dotation budgétaire de 46 120 916 074 FCFA.

L’accomplissement de cette mission permet à la structure d’aider les populations vulnérables à moins ressentir les effets de l’insécurité alimentaire durant la période de soudure. Pour assurer cette mission d’atténuation de l’impact de l’insécurité alimentaire, le CSA doit reconstituer chaque année, le Stock National de Sécurité (SNS) et le Stock d’Intervention de l’Etat (SIE).  

Ces stocks ainsi constitués doivent permettre au CSA d’effectuer les distributions alimentaires gratuites aux personnes vulnérables avant le début de la période de soudure dans le cadre de la mise en œuvre du Plan National de Réponses (PNR).

Selon le rapport du bureau du vérificateur général le CSA n’arrive toujours pas à effectuer les distributions alimentaires gratuites aux personnes vulnérables avant le début de la période de soudure.

L’équipe de vérification a constaté que les distributions alimentaires gratuites des années 2019, 2020, 2021 et 2022 ne sont pas parvenues aux personnes vulnérables en situation de crise alimentaire au moment où celles-ci en avaient le plus besoin. En effet, explique le rapport, les distributions alimentaires ont eu lieu largement après le début de la période de soudure agricole. A titre illustratif, en 2021, les distributions alimentaires gratuites sont parvenues aux populations des Communes du Cercle de Sikasso au mois d’octobre, après la période de soudure qui commence en juillet et qui finit en septembre. Ce qui place le CSA dans le rôle du médecin après la mort.

Le mode de distribution en cause !

Le CSA n’a pas réuni les conditions favorisant des distributions alimentaires harmonisées et équitables.Il ressort des entrevues effectuées par l’équipe de vérification, auprès des acteurs chargés de la distribution que ces derniers n’ont pas reçu le Guide de distribution alimentaire gratuite et qu’il existe des disparités dans les modes de distribution des céréales.

« En effet, les acteurs chargés des distributions alimentaires gratuites n’avaient pas une compréhension commune et homogène du mode de détermination des quantités de céréales à distribuer aux personnes vulnérables. Contrairement aux prescriptions du Guide, ils ont, dans certaines Communes, distribué aux personnes vulnérables la quantité de 27 kg de céréales à raison d’un ménage moyen de 6 personnes. Ce qui fait que chaque ménage, peu importe sa taille, a reçu 162 Kg » souligne le rapport.

Dans d’autres Communes, ils ont distribué les céréales sur une base équitable en donnant aux ménages, peu importe leur taille, la même quantité de céréales de façon égalitaire sans tenir compte des critères de vulnérabilité.

« Les disparités dans les modalités de distribution des céréales ne permettent pas au CSA de prévenir avec efficacité les crises alimentaires et d’atténuer leurs effets sur les populations vulnérables. Elles ne favorisent pas non plus l’accessibilité alimentaire des ménages en situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle », indique le rapport.

De plus, certains bénéficiaires n’ont pas reçu les quantités de céréales qui leur étaient destinées. Un questionnaire administré à un échantillon de 110 personnes vulnérables choisies sur les listes d’émargement des Distributions Alimentaires Gratuites (DAG) effectuées au cours de la période sous revue dans 13 Communes des Régions de Kayes, Ségou et Sikasso, a permis à l’équipe de vérification, de s’assurer de l’effectivité de la réception des céréales qui étaient destinées aux bénéficiaires.

Tout d’abord, il ressort que les listes d’émargement comportaient plusieurs insuffisances par rapport aux directives contenues dans le Guide pratique pour les Distributions Alimentaires Gratuites du Plan National de Réponses, version 2020.

Les insuffisances au niveau des Communes se présentent comme suit :

– pour environ la moitié des Communes, 6 sur 13 soit 46%, les émargements des bénéficiaires étaient absents des listes de distribution des céréales ;

– pour 5 Communes sur 13 soit 38% la mention de la quantité reçue par bénéficiaire était absente des listes de distribution des céréales ;

– pour 11 Communes sur 13 soit 85%, le numéro de téléphone des bénéficiaires était absent des listes de distribution des céréales ;

– pour 4 Communes sur 13 soit 31%, la mention du nombre de personnes par ménage était absente des listes de distribution des céréales.

Or, les listes d’émargement, explique le rapport, doivent contenir des informations permettant de s’assurer de l’effectivité des distributions et permettre de confirmer que les distributions ont bien profité aux personnes vulnérables préalablement ciblées.

De plus, en ce qui concerne le mode de distribution, le rapport indique que, dans plusieurs Communes, toutes les céréales destinées à un même village sont remises au chef de village qui est chargé de procéder à la répartition entre les personnes vulnérables dudit village alors que normalement, les céréales doivent être remises directement aux bénéficiaires sans intermédiaire.

« Cette situation ne garantit pas que les personnes vulnérables réellement ciblées bénéficient des quantités prévues. A titre illustratif, il ressort de l’analyse des questionnaires de sondage que 28 bénéficiaires sur les 110 concernés par l’échantillon, soit 25% ont affirmé ne pas avoir reçu de céréales alors que leurs noms figurent sur les listes de distribution », précise le rapport.

En somme, il ressort du rapport que les difficultés du CSA à répondre au moment opportun aux besoins des populations vulnérables sont imputables non seulement à la lenteur du processus d’acquisition des céréales qui ne permet pas au CSA de mettre les céréales à la distribution des personnes vulnérables avant le début de la période de soudure, mais aussi et surtout, par une incapacité du CSA à constituer le SNS et le SIE à leur niveau optimal durant les périodes de 2019 à 2022, respectivement à 35 000 et 25 000 tonnes pour permettre de secourir les personnes vulnérables pendant les périodes de crise alimentaire.

Daouda T. Konaté

Source: L’Investigateur

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